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Un beau jour où tout va bien, j'apprends que j'ai un cancer de la moelle osseuse... Comment survivre?

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LA FÊTE

J’ai entendu un rire d’enfant dans la cage d’escalier suivi d’une cavalcade. La sonnette s’est mise à carillonner joyeusement. Mon cœur a fait un bond dans ma poitrine. J’ai foncé vers la porte d’entrée avant d’entendre cliqueter le trousseau de clés. En tournant le verrou à coups secs je me suis dit qu’Antoine avait dû grandir un peu pour parvenir à atteindre le bouton de sonnette.
C’était eux. Mon fils s’est précipité à l’intérieur et m’a sauté au cou. Derrière lui, échevelée et essoufflée, Caro au milieu des sacs attendait qu’on lui laisse le passage.
Ils étaient beaux, bronzés, fripés par le voyage. Ils portaient des sandalettes détrempées incongrues sous la pluie rouennaise. Ils sentaient encore le soleil et la mer. On s’est embrassé dans l’entrée en se serrant tous les trois longuement, puis je suis allé chercher les derniers bagages au pied de l’ascenseur. Caro s’était enfermée dans les toilettes. J’entendais Antoine ouvrir en grand ses tiroirs et jeter en vrac les jouets par poignées sur le sol de sa chambre. Comme à son habitude il n’avait pas pris la peine d’ôter son blouson de toile. Je l’ai laissé faire. Il avait besoin de reprendre contact avec son univers. Je savais qu’il nous rejoindrait un peu plus tard. J’ai servi un verre de muscadet à Caro sans lui laisser le temps de me le demander, et je l’ai attendue assis sur le canapé. On allait reprendre le cours de nos rituels domestiques. C’était dans la logique des choses.
 
 
On a regardé les photos directement sur l’appareil numérique, mais Caro avait déjà d’autres idées en tête.
Il faut que je m’organise, a-t-elle dit en vidant son verre. Demain je vais conduire Antoine chez mes parents comme prévu pour la fin des vacances. Je voudrais partir de bonne heure. C’est bien la semaine prochaine ton rendez-vous avec l’hématologue?
Oui, mercredi matin.
Je peux venir avec toi? Il faut me le dire pour que je puisse prendre quelques heures au travail.
J’aurais préféré m’y rendre seul. Je pensais qu’il me parlerait plus franchement en tête à tête.
Je ne dirai rien si tu veux, dit-elle en me voyant hésiter. Pas un mot.
Je lui ai donné mon accord en me demandant pourquoi elle ne m’avait pas proposé de l’accompagner le lendemain chez ses parents. Je n’ai pas insisté. La fatigue avait fini par avoir raison d’Antoine. Il réclamait, son doudou à la main, qu’on lui mette un dessin animé. Un quart d’heure après, il dormait.
 
Un mois que je n’avais pas mis les pieds à Becquerel. La dernière fois on m’avait fait un prélèvement de moelle osseuse dont on allait aujourd’hui me communiquer les résultats. Dans le dossier que je tenais sous le bras, le bilan sanguin de la semaine n’était pas bon. Je n’avais pas jugé utile d’en parler.
J’avais déjà franchi ces portes des dizaines de fois. Je ne parvenais pas à m’y faire. C’était comme de visiter un tombeau de famille où votre place vous attend. Mon destin m’attendait en ces lieux où les gestes étaient mesurés, les voix basses, les mines compassées.
Le médecin avait une heure de retard. La salle d’attente était comble, pourtant on aurait pu entendre le tic-tac d’une montre bracelet. Chacun trompait l’attente comme il le pouvait et cherchait à se donner une contenance. On sentait l’anxiété croître à mesure que l’attente se prolongeait. Elle flottait dans l’air qui nous enveloppait, écœurante comme une odeur de putréfaction. De temps en temps un ventre émettait un gargouillis. Une femme demandait à la secrétaire où se trouvaient les toilettes. Un vieillard sur un brancard s’était endormi bouche ouverte, son dentier déchaussé.
On s’est assis face à face. J’ai fait comme les autres. J’ai attrapé la première revue qui traînait et j’ai tourné les pages sans les lire.
Il y a eu un frémissement dans l’assemblée quand il est arrivé de son pas vif, souriant, un paquet de dossiers sous le bras. La consultation allait commencer. J’étais en troisième position.
On sentait qu’il était pressé en entrant dans le cabinet. Cette fois il avait pris la peine de lire mon dossier avant qu’on se soit installé. Il a commencé par un point qui lui semblait positif.
Ca ne c’est pas trop mal passé, cette deuxième greffe. Plutôt mieux que la première?
Son regard se fixait tantôt sur Caro, tantôt sur moi, à la recherche de celui qui viendrait à son secours.
Ce n’était pas mon avis. Caro restait muette. Moi, j’avais trouvé ça plus dur. J’ai fait mine de lui dire quelques mots, mais il a balayé l’air d’un geste qui signifiait que tout cela c’était du passé. Il fallait maintenant penser à l’avenir.
Il a feuilleté le dossier avant d’avancer plus profond dans le vif du sujet.
Au total, le bilan n’était pas modifié par rapport à la première greffe. Il s’y attendait. Mais il savait qu’en procédant à une deuxième greffe, on augmentait statistiquement le délai avant la récidive. C’était ça le but recherché.
La maladie est stabilisée, mais elle est toujours là. Vous êtes en rémission partielle. Pour combien de temps? Nul ne peut répondre à cette question. Quelques mois, ou quelques années…La prochaine fois, il faudra utiliser des techniques un peu plus agressives. Je vous en avais déjà parlé, il me semble?
De nouveau il nous a fixé l’un après l’autre. Il avait lâché l’essentiel. Ses yeux nous demandaient avec insistance de l’aider à poursuivre.
Il avait déjà évoqué la possibilité d’une greffe allogénique, c’est à dire au moyen d’un greffon provenant d’un donneur. C’était une technique beaucoup plus lourde, et surtout plus risquée.
J’ai acquiescé. Il en avait parlé en effet les premiers temps de la maladie, lorsque la chimiothérapie était totalement inefficace. C’était l’ultime recours.
Il n’a pas jugé utile d’aller pour cette fois plus loin dans les explications. On en était pas encore là. Le jour venu il me rappellerait notre conversation pour me convaincre d’accepter ce traitement.
On est revenu au présent.
Il m’a demandé comment je me sentais. J’ai répondu pas trop mal, et je lui ai tendu mon bilan sanguin. Je savais que j’avais un taux de polynucléaires neutrophiles beaucoup plus bas que lorsque j’étais sorti des soins intensifs. Le reste n’était pas terrible non plus.
Il l’a lu en fronçant des sourcils.
C’est bas, a-t-il fini par dire. Mais ce n’est pas forcément inquiétant. Certains patients mettent longtemps à sortir de l’aplasie. Je vais vous prescrire des facteurs de croissance. Ce sera des injections à faire tous les deux jours.
Il m’a demandé d’ôter la chemise pour m’ausculter rapidement, m’a posé quelques questions et m’a fait monter sur le pèse-personne. Un examen de pure forme. La lecture de mon dossier avait dû lui suffire à se forger une opinion. Bien sûr il ne me la donnerait pas. Aucun d’entre nous n’aurait tiré bénéfice d’un mauvais pronostic. Mieux valait insister sur l’éventualité d’une rémission longue. Mais je me doutais qu’au fond de lui il s’accordait une marge d’erreur moins large que les cas exceptionnels qu’il évoquait devant moi. C’était écrit dans les règles du jeu. A chacun son rôle. Le médecin se doit d’encourager le patient jusqu’à l’ultime minute. Le patient doit s’accrocher à l’espoir qu’on lui laisse entrevoir. Il n’était plus ici question uniquement de médecine, mais de courtoisie.
Il n’était plus non plus question de ce traitement d’entretien expérimental qu’il m’avait laissé entrevoir à la consultation précédente. Il s’en est sorti en me noyant sous les explications techniques quand je l’ai interrogé à ce sujet. Son regard disait qu’il fallait en rester là pour aujourd’hui. Je n’ai pas insisté. J’en ai conclu que ne répondais pas aux critères requis pour en bénéficier. J’avais un peu de mal à voir ça comme une bonne nouvelle.
Il y a eu un court silence à la fin de son discours. Il a saisi l’occasion pour clore la consultation. Il semblait content. J’avais joué le jeu.
Il a rempli une prescription et m’a demandé en nous ouvrant la porte de bien vouloir passer au secrétariat prendre un rendez-vous. On se reverrait dans deux mois.
 
Comme lorsqu’on a plongé sous l’eau et qu’on émerge à la surface les poumons au bord de l’explosion, j’ai eu l’impression de revenir à la vie en sortant de Becquerel. Je voulais quitter ce lieu au plus vite. J’avais besoin d’air. J’avais besoin de respirer. J’avais besoin de vivre.
Tout en me frayant un passage parmi les gens qui s’étaient agglutinés devant l’entrée je me disais qu’il serait bon que je prenne l’avis d’un autre hématologue qui ne serait pas impliqué dans ma prise en charge. Les idées contradictoires s’entrechoquaient dans mon esprit. Je ne pouvais m’empêcher de vouloir en savoir plus. Je voulais connaître mon crédit. C’était absurde. La certitude est encore plus terrifiante que l’incertitude. Il suffisait de savoir que le temps m’était compté. Il fallait que j’apprenne à profiter de ce répit au maximum sans me poser de question.
Caro suivait dans mon sillage. Elle a forcé le pas.
Ce sont plutôt de bonnes nouvelles, non? M’a-t-elle demandé.
Je ne me souvenais plus où nous avions garé la voiture.
 
 
Le lendemain soir, en rentrant du travail, elle m’a proposé d’aller dîner en ville. L’après-midi j’avais envoyé par e-mail des nouvelles rassurantes à mon entourage. C’était une bonne idée pour inaugurer ma nouvelle vie.
On n’avait pas pris la peine de réserver par téléphone.
En sortant du parking souterrain je me suis dirigé naturellement vers notre pizzeria préférée, mais elle m’a retenu par le bras.
Non, ce soir je t’emmène ailleurs. C’est moi qui invite.
On est rentré dans un bistrot assez chic où nous étions déjà allés autrefois. Ils avaient changé de propriétaire. A l’intérieur tout était identique au souvenir que j’en avais gardé. L’ambiance était feutrée, le style rétro. Un serveur habillé de noir sous son tablier blanc nous a accompagné jusqu’à une table avant d’aller nous chercher la carte. J’ai fait remarquer à Caro qu’il nous avait placé à la même table que le dernière fois, mais je me suis rendu compte de mon erreur quand elle m’a désigné celle d’à côté.
Le menu était inscrit à la craie sur une grande ardoise qu’il a dressée sur la table à l’aide d’un petit chevalet de telle façon qu’on puisse la lire ensemble.
Pour l’apéritif nous avons choisi de prendre un verre de vin. La liste qu’il nous avait tendue était impressionnante de qualité. Caro a commandé un bourgogne aligoté tandis que j’optais pour un Gewurztraminer. Ce soir, on allait faire la fête.
Derrière nous, un couple d’anglais tentait de déchiffrer l’ardoise d’un œil dubitatif. L’établissement proposait des versions modernisées de cuisine traditionnelle française. J’étais tenté par le rognon de veau, Caro par le bar grillé. Les anglais se sont finalement rabattus sur l’andouillette.
On a savouré nos verres de vin en croquant dans une tartine à la moelle de bœuf.
L’atmosphère me rappelait cet autre bistrot où nous étions allés, à Lille, dans lequel nos avions passé une soirée qui faisait date dans les annales. Caro était déjà enceinte d’Antoine, mais ce soir là, nous l’ignorions encore.
Ma pensée poursuivait son cours tandis que nous évoquions ce souvenir. Les mots sont sortis au même moment de ma bouche comme si je réfléchissais à voix haute.
Ca te ferait plaisir que nous allions fêter ton anniversaire à Lille? On pourrait y passer un week-end.
Elle est restée un moment interdite, une moue de contrariété a déformé le coin de ses lèvres. Je voyais qu’elle hésitait.
Inutile de gaspiller ton argent, a-t-elle articulé avec peine après avoir pris son souffle, comme si quelque chose dans la gorge la gênait pour parler.
Je n’étais pas sûr d’avoir bien compris. J’étais pourtant persuadé que l’idée allait lui plaire. Et qu’est-ce que c’était que cette histoire d’argent et de gaspillage?
Elle a repris sa respiration devant ma mine interloquée.
Garde ton argent, a-t-elle répété. Mes yeux ne parvenaient pas à se détacher de ses lèvres. Je l’ai clairement vu articuler : nous allons divorcer.
 
Le serveur se tenait auprès de nous une assiette dans chaque main. Il a avancé l’une d’elles vers Caro.
Elle a dit : c’est pour Monsieur.
 
 
 
 
 
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C
dis? c'est normal qu'il lui arrive que des couilles à ton héros? ça se vendra jamais une histoire comme ça!!!!Je vous embrasse tous les 2.
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