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Un beau jour où tout va bien, j'apprends que j'ai un cancer de la moelle osseuse... Comment survivre?

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LA GUERRE

1940,

C’est la drôle de guerre.

La France a déclaré la guerre à l’Allemagne le 03 septembre 1939. Depuis, il ne se passe rien ou presque.

Eugêne et Suzanne habitent à Roubaix depuis qu’il a été nommé lieutenant.

Comme promis, Suzanne l’a fait bûcher. Il a peu à peu grimpé les échelons. Il a aussi réussi à effacer son accent vosgien. Maintenant qu’il est officier, il dispose d’un logement de fonction, d’une voiture et d’une ordonnance qui lui tient également lieu de chauffeur.

A la déclaration de guerre, la douane a retrouvé son rôle de corps d’élite combattant. Ses activités sont maintenant intégrées au sein du système de défense français. Il est mobilisé.

Il n’a pas attendu que les choses s’enveniment.

Suzanne, dit-il, alors qu’il vient de prendre connaissance des consignes de l’état major, toi et les enfants vous partez chez tes parents à Argelès dès demain.

Jacques a quatorze ans, et sa sœur Jacqueline quatre ans.

Prépare les valises. J’ai envoyé mon ordonnance acheter les billets.

Elle tente de négocier. Est-ce nécessaire? L’armée ne va-t-elle pas les protéger? Mais s’il parle peu, il sait faire preuve d’autorité.

Il faut prévoir le pire. Bien sûr, il faut penser aux enfants.

Je connais les boches, dit-il. Ils vont attaquer. Va.

Il faut dire qu’Eugêne a reçu des nouvelles de Jean.

Malgré la ligne Maginot, le gouvernement a pris la peine de faire évacuer près d’un demi million d’alsaciens dès la déclaration de guerre. Ils ont été dirigés vers la Dordogne pour la plupart. Périgueux, qui a vu soudain doubler sa population, devient la préfecture officielle du Bas-Rhin.

Toute la population d’Hatten, où ils ont vécu plusieurs années, a été évacuée à Châteauponsac dans le Limousin. Il ne reste plus là-bas que les militaires de la ligne Maginot.

Jean a décidé de rester dans sa montagne, avec ses vaches.

Que veux-tu qu’il nous arrive au village? Dit-il pour achever sa lettre.

Dans un autre quartier de Roubaix, Gabriel et Georgette n’ont pas de solution de repli.

Leur fille Gabrielle a quinze ans. Elle va au collège.

Où pourraient-ils aller?

Georgette est ardennaise, Gabriel flamand. Ils vont rester sur place. Ils se contentent de stocker toute la nourriture qu’ils peuvent trouver.

Gabriel est représentant placier en laine et coton, un « paquet bleu » comme on les appelle, en raison de la couleur des sachets dans lesquels ses collègues et lui emballent leurs échantillons.

Il continue à démarcher les filatures des environs pour placer sa marchandise, mais par prudence il ne se rend plus à l’immeuble de la rue Thiers à Lille où se trouvent les sièges du parti radical et celui de la Grande Loge de France.

Il est entré en maçonnerie depuis la fin de la première guerre mondiale, comme plusieurs des compagnons survivants de son régiment de cuirassiers.

Si les gaz allemands ont rongé ses poumons, la première guerre a forgé en lui de solides convictions. Malgré ses cinquante-deux ans et son insuffisance respiratoire, il rêve d’en découdre.

Lui non plus n’aime pas les boches, et moins encore l’extrême droite française.

Ils se réunissent maintenant secrètement dans une maison discrète de Wattrelos, chez un frère.

Dans le train bondé qui emmène Suzanne et ses enfants vers le sud, elle écoute les conversations. Comme beaucoup d’autres passagers, ils ont emporté tout ce qu’ils pouvaient. Jacques qui a la charge de transporter le Larousse illustré, car selon sa mère « il faut sauver la langue française », s’est endormi d’épuisement avec sa sœur dans les bras. Les occupants du compartiment mangent et boivent. On change les langes d’un nourrisson. Surtout on parle. Les informations les plus folles circulent, les opinions s’expriment, reflétant l’optimisme ou au contraire les craintes de leurs auteurs.

Un type à casquette au fort accent raconte l’invasion de la Pologne par les armées allemandes.

Le huit septembre, ce sont les lanciers à cheval qui ont repoussé l’armée de Von Reichenau devant Varsovie dit-il. Les pertes ont été terribles. Ce n’est que le 27 septembre que la ville s’est rendue. La faim, la soif, les bombardements, la typhoïde. La ville a été rasée aux deux tiers.

L’armée allemande ne peut pas être vaincue, finit-il par dire.

Elle se sent fragile. En France pourtant, le sentiment général est que le pays est prêt à affronter cette nouvelle épreuve. La propagande assure que l’armée française est la plus forte d’Europe. Jamais les allemands ne franchiront la ligne Maginot. En 1914 aussi on pensait que la guerre contre le Kaiser ne durerait que quelques semaines. Elle n’avait que douze ans. Argelès était très loin de la ligne de front, mais elle a vu peu à peu le village se vider de ses hommes dont beaucoup ne sont pas revenus. On n’a jamais plus eu de nouvelles de son instituteur qu’elle adorait.

Son mari est resté seul à Roubaix. Sa vie est en danger. Les paroles du polonais l’ont ébranlée. Elle s’imagine soudain recevoir une lettre à Argelès frappée du sceau de la république lui annonçant sa mort au combat. Ses membres tremblent, tout son corps est tendu comme prêt à rompre. Dans un brouillard visuel elle voit ses enfants assoupis devant elle, vêtus de noir à l’enterrement de leur père qui gît dans un cercueil drapé du drapeau français. Elle ne sait que faire. Elle lance un appel intérieur, de toutes ses forces, de toute son âme. Cela ne peut pas arriver. Cela ne doit pas arriver. Tout naturellement elle se met à prier. Elle invoque le Tout Puissant. Elle implore. Puis, alors qu’elle a épuisé toutes ses prières, elle fait un vœu.

Je jure, proclame-t-elle solennellement en son for intérieur, je jure de me rendre à la messe chaque dimanche que je vivrai si toute ma famille réchappe de cette guerre.

Cela la rassure un peu. Elle s’en remet à la volonté divine. Il va falloir faire manger la petite, le train ne tardera plus à entrer en gare.

Mai 1940,

Le 10 mai la Wehrmacht s’est mise en mouvement. Le 15 elle perce la défense française à Sedan sur un front de quatre-vingt dix kilomètres.

C’est la Blitzkrieg. Les armées françaises et anglaises sont totalement désorganisées par les attaques des Panzer Divisions qui s’enfoncent à toute vitesse dans de territoire national, appuyées par un soutien aérien massif.

La population belge et française cherche à fuir l’avancée de l’armée ennemie. Huit à dix millions de personnes jetées sur les routes sont sous le feu des Stukas qui créent la panique en faisant hurler leurs sirènes pendant les mitraillages.

L’armée anglaise reflue en masse vers Dunkerque qu’elle atteint le 24 mai.

25 mai

A Lille la plus grande partie de la population a fuit.

Les 40 000 hommes des généraux Juin et Molinié se replient de Belgique sur Lille. Leur mission est de retarder le plus possible les six divisions de Rommel qui les talonnent. Lille est le dernier verrou qui protège encore Dunkerque.

Depuis plusieurs jours, Eugêne a oublié ce que c’est que de dormir.

Il faut organiser les campements et la défense de la ville. Il s’emploie à sa tâche nuit et jour.

Gabriel et Georgette ont emmené Gabrielle à la cave dès qu’une nuit ils ont entendu les premiers bruits de canonnade.

Ils ont rempli tous les récipients qu’ils pouvaient d’eau, descendu les matelas, les vivres et les lampes à pétrole, barricadé portes et fenêtres.

Combien de temps pourront-ils tenir?

Bien que les sons ne parviennent à eux qu’au travers d’un étroit soupirail, ils entendent nettement le survol des avions qui vont lâcher leurs bombes sur Lille.

De temps à autre, Gabriel monte au dernier étage et risque un œil dans l’enfilade de la rue qui donne sur le boulevard de la Liberté. La rue est totalement vide. Le quartier semble pour le moment épargné.

C’est à Loos que les combats sont les plus acharnés. Les défenseurs ne cèdent le terrain que rue par rue. Les morts se comptent par centaines.

De son poste d’observation, Gabriel voit soudain un Panzer, puis un autre passer sur le boulevard en direction de Lille.

Suivent des camions, des hommes en armes. Le défilé semble ne pas vouloir finir. Le bruit des moteurs et celui du pas des fantassins résonne sans fin dans la rue déserte. C’est toute une armée qui passe. On est le 28 mai. L’armée allemande occupe Roubaix.

C’est les larmes aux yeux qu’il redescend quatre à quatre l’escalier pour aller annoncer la nouvelle à ses femmes qu’il n’autorise pas à sortir de la cave.

Le lendemain, le général Juin sous la pression de la Wehrmacht est forcé de se rendre. Gabriel entend la nouvelle à la radio.

Ce sera bientôt terminé dit-il à Georgette.

Effondrés, il ne parlent plus de la journée que pour organiser leur subsistance.

Le 31, c’est Molinié qui dépose les armes faute de munitions.

La ville est tombée. Les combats ont cessé. Comme les autres Roubaisiens qui sont restés, les Vanessche sortent de leur cave, mais on ne se risque pas encore dans les rues où on voit passer les patrouilles allemandes.

Suzanne à Argelès chez ses parents entend la nouvelle à la radio. Elle est morte d’inquiétude mais a décidé de ne rien dire aux enfants. Le soir, elle leur tient des propos rassurants. Leur père va bien, mais le courrier ne circule plus. Il faut patienter quelques jours encore.

Elle a réussi à faire scolariser Jacques et n’a pas eu de peine à trouver un poste d’institutrice en remplacement des hommes qui ont été mobilisés.

Sa mère s’occupe de la petite Jacqueline tandis qu’elle gagne l’école à vélo. Ce soir, il faudra encore mentir. Quand recevra-t-elle enfin des nouvelles?

Quelques jours plus tard, Gabriel qui n’en peut plus de tourner comme un lion en cage prend son vélo. Il se risque dehors en donnant consigne à Georgette et Gabrielle de ne pas sortir de la maison. Il veut retrouver quelques camarades.

Il faut aussi penser au ravitaillement.

A Lille, il assiste au sein d’une maigre foule à une scène incroyable.

Sur la Grand-Place, l’état major allemand rend les honneurs de la guerre aux soldats français qui défilent en armes devant une haie d’honneur de soldats allemands au garde-à-vous.

Place de la gare, ils jettent leurs armes qui forment un monticule qui ne cesse de grossir avant de monter dans les trains qui les emmènent vers les camps de prisonniers.

Eugêne aussi assiste à la scène.

Il ne part pas. Le Reich va avoir besoin de personnel pour assurer le fonctionnement des administrations pendant l’occupation.

Le 22 juin, c’est la signature de l’armistice à Rethondes, le 27, Pétain dissout définitivement les bataillons douaniers.

Eugêne, consigné dans une caserne attend une nouvelle affectation.

Gabriel a retrouve quelques camarades. Ils doivent faire preuve de la plus extrême prudence. Les allemands vont pourchasser les francs-maçons autant que les juifs.

 

 

 

 

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