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Un beau jour où tout va bien, j'apprends que j'ai un cancer de la moelle osseuse... Comment survivre?

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PENSION

1699, premier dimanche de septembre, 20H00.

La cloche retentit de nouveau. Galopade. Les anciens s’alignent face aux numéros de dortoirs inscrits à la peinture noire sur le mur du réfectoire et font silence, les nouveaux les imitent. Certains petits portent des culottes courtes, je suis l’un d’eux, à partir de le cinquième, tous sont en pantalons.

Les pions passent entre les rangs et font taire les inévitables fanfarons qui cherchent à se distinguer. La rentrée scolaire est l’occasion de se positionner dans la hiérarchie secrète de l’internat . Je ne vais avoir que onze ans, il y a là des « penscos «  qui en ont dix-huit ou plus. L’un d’eux porte même la barbe. Il est rentré bon dernier dans le réfectoire tout à l’heure sous le regard impassible du surveillant de « ref » qui a fait mine de ne pas s’apercevoir qu’il ne s’était pas aligné avec les autres , et s’est dirigé vers la première place de la première table, la plus proche des cuisines, restée libre à son intention. C’est le roi, il a raté son bac, huitième année à Couteaux. Une fois assis, il a jeté un regard indifférent sur l’assemblée, et s’est servi en soupe fumante dans la soupière d’inox que les autres attablés n’avaient pas osé toucher en son absence. Quelques croûtons ont bien volé en direction de la tables des « bleus » mais le pion qui a pris sur le fait un des artilleurs, un gamin de quatrième, le met au coin pendant que les autres continuent leur repas, se qui met fin aux ardeurs balistiques.

Les penscos alignés et silencieux, le surgé fait son apparition.

C’est un homme de petite taille à la fine moustache et aux boots luisantes, ses paroles claquent et résonnent sur les murs de la cour.

Présentation des surveillants, les anciens et les nouveaux, rappel des règles de discipline, énumération des différents moyens de rétorsion mis à sa disposition.

Notre pion est un ancien à l’air mauvais. Il s’appelle Monsieur Schlag. La rentrée ne le met pas en joie, il sait qu’il a la charge des bleus qui vont faire l’objet jusqu’aux vacances de Toussaint de toutes sortes de sales blagues et d’intimidations plus ou moins poussées.

Les grands montent d’abord vers leur dortoir, certains ricanent en passant devant les petits, font des gestes menaçants, les quatrièmes semblent les plus agressifs, les grands s’en foutent, ils défilent groupe après groupe dans la cour sous le regard perçant du surgé, puis Schlag nous fait monter nos deux étages deux par deux, en silence et sans claquement de talon.

Schlag fait vider toutes les valises sur les lits, puis envoie les gamins par groupes de trois les ranger dans la bagagerie, ainsi que les cartables qui ne serviront que demain, et les chaussures dans la ciragerie. Chaussons obligatoires. Rien ne doit traîner dans le dortoir. Il nous avertit de l’extinction des feux à 21H00 précises. Puis il déambule le long du couloir, faisant régner la loi çà et là, sur le qui-vive, réagissant à la moindre velléité de chahut dont on sent chez les cinquièmes le frémissement, tandis que les sixièmes se bornent à tenter de faire leurs lits dans les règles.

Je reviens de la ciragerie accompagné de mes deux compagnons de travée. J’enfourne rapidement mes vieilles frusques dans mon armoire et commence à faire mon lit. Je suis habitué. Cela fait cinq ans que mon père m’envoie chaque été en colonies de vacances. Les réfectoires, les dortoirs, je connais ça par cœur. Seule l’ambiance martiale de Couteaux m’est étrangère, ainsi que ses règles implicites des penscos , malgré les tuyaux de mon frêre qui y a passé trois ans après s’être fait renvoyer d’un autre pensionnat. Il a de la chance, lui, maintenant il est étudiant en médecine et habite chez Mamie, à Roubaix.

J’observe à la dérobée mes deux acolytes.

Les effets qu’ils ont étalé sur leur lits semblent neufs, j’ai bien fait de balancer vivement mes hardes dans mon armoire. Ils ont caché, l’un et l’autres, sous le tas de vêtements des paquets craquants de confiseries qu’ils serrent au fond de leurs casiers. Je n’en ai pas. Pour le lit, j’ai l’avantage. Le mien est déjà terminé qu’ils en sont à tenter de distinguer le drap du dessus de celui du dessous.

Je m’avance vers le plus proche.

Tu veux que je t’aide ?

Il veut bien. On fait le lit pendant que le troisième nous observe. Je l’aide aussi, en silence, sous le regard de Schlag qui arpente le couloir de ses semelles de crêpe et qu’on n’entend jamais venir.

On se présente. Mon voisin s ’appelle Jean-Michel, on dit Jean-Mi, il est en Sixième II, comme moi; l’autre s’appelle Emmanuel, on dit Manu, il est en sixième III, moi c’est Jean-Marc, on dit Jean-Marc.

Les lits faits, il faut se mettre en pyjama.

Désarrois pour se déshabiller devant les autres. Les uns le font assis, tournant le dos, d’autre se cachent derrière la porte ouverte de leurs armoires, beaucoup gardent leurs slips.

Déjà les cinquièmes qui sont regroupés au fond du dortoir sollicitent Schlag.

On peut aller aux lavabos, M’sieur ?

Les cinquièmes d’abord, et soyez calmes, accorde-t-il.

Ce n’est pas qu’une furie hygiéniste s’empare des cinquièmes, mais chacun veut avoir la chance de déposer sa trousse de toilette à la place qu’il aura choisi et qu’il pourra conserver jusqu’à la fin de l’année. Le plus mince privilège , le plus petit morceau de territoire est à acquérir, à conserver et à défendre chez les penscos.

Ca bataille déjà là-bas, Schlag se déplace pour mettre un peu d’ordre.

C’est le moment qu’attendait un teigneux qui me bouscule méchamment alors que j’avais la mauvaise idée de pointer mon nez au bord du couloir pour essayer d’apercevoir l’origine des éclats de voix en provenance des sanitaires.

Pousse-toi, bleu, me crache-t-il au visage, tandis que je chancelle et m’étale sur mon lit.

Torse nu, pantalon de pyjama rouge, serviette autour du cou, ses yeux étincellent de haine.

J’m’appelle Rabet, fait-il. J’suis en cinquième.

On aperçois Schlag revenir au bout du couloir.

On va se revoir, souffle Rabet, et il poursuit sa route sous le regard interrogateur de Manu et Jean-Mi.

Qu’est-ce qui se passe? Fait Schlag qui a des yeux partout .

Rien M’sieur, j’ai bien compris la première rêgle : celle du silence.

Chacun peu à peu rejoint son lit, Schlag vérifie que tout le monde est bien là, que rien ne traîne ni ne se trame, lève les punitions de deux gamins agenouillés devant la porte de sa chambre.

Vingt et une heures précises, extinction des feux. Il requiert le silence total mais quelques chuchotements continuent ça et là. Il débusque les fauteurs de trouble, relève leurs noms. Mes deux compagnons et moi-même sommes silencieux. Tard, je m‘endors alors que l’ombre silencieuse de Schlag passe devant mes yeux mi-clos.

Six heures trente, la cloche résonne, tout le monde doit être debout dans les cinq minutes, au risque de se voir arracher l’ensemble des draps et couvertures par un Schlag rasé de frais.

On se lave, s’habille, refait les lits. Sept heures quinze, on a récupéré nos chaussures à la ciragerie, nos cartables à la bagagerie, Schlag obtient un rapide silence ensommeillé. En rangs, on descend l’escalier vers la cour, le réfectoire, le petit déjeuner.

J’enfonce mes mains dans les poches de ma veste pendant l’alignement.

Mon Pasteur a disparu.

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L
Une par jour c'est bien JM surtout pendant la toilette du soir de Laurence ,tu as toute mon attention.A demain.                                                           Un inevitable fanfaron.
Répondre
J
Merci de ta fidélité, Laurent. C'est pour moi un soutien moral d'importance.<br /> Embrasse Laurence pour moi, courage à tous les deux.<br /> Amicalement, JMarc