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Un beau jour où tout va bien, j'apprends que j'ai un cancer de la moelle osseuse... Comment survivre?

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7 ANS FERMES

1969. Premier dimanche de septembre, 17H00.

On s’est entassés dans la 404, je suis à l’arrière entre Grand-Père et Grand-Mère, Mamie est devant, mon père conduit. Il a allumé un cigare qui fout mal au cœur à tout le monde, mais il est seul maître à bord, daignant tout juste entrouvrir le toit ouvrant.

Le lycée Ernest Couteaux annonce clairement la couleur.

Des grilles de cinq mètres de haut ferment un chicane où se tient le gardien, au pied de sa loge, jambes écartées et mains derrière le dos. Il hoche la tête aux visages connus qu’il laisse entrer, mais épluche les papiers d’admission de chaque nouvelle tête, puis il indique à droite ou à gauche.

On va à gauche. Dans un hall, un surveillant assis derrière une petite table émarge la liste au fur et à mesure des arrivées. Mon père signe et on monte au deuxième étage.

Mamie souffle dans les escaliers, mais refuse absolument de lâcher mon cartable comme Grand-Père le lui demande. Je porte moi-même la valise de carton héritée de mon frère, qui contient les vieilles affaires de mon frère, mon père nous attend déjà en haut.

Deux portes sur le palier. A droite, la ciragerie, à gauche, le dortoir des sixièmes et cinquièmes.

C’est un long couloir percé de fenêtres sur la droite, les lits sont dressés par groupes de trois, séparés par des armoires de bois. Les lit sont de métal comme le mien, deux couvertures et un dessus de lit sont pliés au pied de chacun d’entre eux, il y a le chauffage central.

On trouve ma place qui est indiquée par une étiquette. C’est la bousculade, des familles arrivent de toutes parts, on cherche son nom, on se sépare, on s’interpelle, on fini par trouver . T’es au fond, près du radiateur, clame une mère. Je suis au bord, près du couloir, c’est pour cela qu’on a trouvé facilement.

Je pose la valise sur le lit, j’inspecte l’armoire, personne ne dit rien, à part Mamie qui renifle et qui détourne la tête.

Grand- Mère rompt le silence, d’ailleurs c’est incroyable qu ‘elle se soit tue si longtemps. Son tempérament d’institutrice catalane reprend le dessus, elle m’assomme de conseils que je n’écoute pas. Grand-Père, le Vosgien, se tait, je ne l’ai jamais entendu prononcer deux phrases à la suite.

Mon père est heureux. Il tâte le lit, palpe les couvertures, admire la vue à la fenêtre ( qui donne sur une cour sans arbre ), puis s’écrie : «  les sanitaires « !

Il y a des toilettes, des lavabos alignés, six douches.

Mamie entreprend de déballer ma valise, mais un surveillant qui passe lui demande d’arrêter. Ils vont avoir le temps, ce soir dit-il, il n’y aura pas d’étude. Pour le moment, ils peuvent aller dans la cour en attendant le repas.

Mon père qui n’attend que cela ajoute : et puis il faut que je vous ramène à Roubaix, et que je rentre…

On redescend l’escalier jusqu’à la grille.

Mon père m’embrasse rapidement, déjà les clés de la 404 tintent dans sa main, puis Grand-Père et Grand-Mère qui poursuit sa litanie de conseils.

Mamie, enfin. Elle me serre dans ses bras longuement mais mon père abrège. Il n’aime pas les embrassades, il faut m’endurcir. Ils partent, Mamie, à la dérobée, m’a glissé un papier dans la main. C’est un Pasteur, un billet de cinq francs.

Je me retrouve seul, errant parmi d’autres mômes abandonnés. Des petits groupes d’anciens se sont formés d’où fusent des rires et des regards en coin vers les petits nouveaux comme moi. Je fais semblant de ne rien remarquer. Mon père a lâché suffisamment d’allusions au mot « bizutage » pour que je comprenne qu’il vaut mieux jouer les passe-muraille.

Je m’éloigne vers les lieux les plus isolés en essayant de mémoriser le parcours que j’emprunte, et j’évite les rencontres jusqu’à ce qu’une cloche retentisse.

On se rassemble face au réfectoire.

Les surveillants passent plusieurs minutes à nous aligner, les sixièmes, les cinquièmes etc.…

Puis ils attendent le silence. On n’entend plus qu’un estomac qui gargouille.

Je vais prendre mon premier repas au lycée Ernest Couteaux.

Sept ans fermes.

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