A l'appartement, Caro elle aussi a laissé tomber ses frusques de kiné pour endosser sa tenue de Supermaman. Antoine tient la forme, il veut à toux prix repeindre l'avion de Mamie avec la peinture à l'eau que sa soeur lui a offerte, alors que coule déjà un bain, que le four chauffe dans la cuisine dévastée, que tournent la machine à laver et le sèche-linge, qu'on entend hurler en provenance de la chambre du monstre d'atroces comptines issues d'une bande magnétique foireuse, et que dans téléphone dont je m'empare au vol la douce voix de ma belle-mère chantonne " Coucou, c'est moi, je ne vous dérange pas ?"
"Non", réponds-je éhontément, "on vous rappelle plus tard", et je raccroche.
On jette antoine à moitié habillé dans le bain avec un seau de jouets étanches, et on s'efforce de ranger le carnage pendant l'accalmie en se racontant nos "soirées".
"De toutes façons", me dit Caro," tu est tellement crevé depuis quelques jours qu'il vaut mieux que tu te rendes au CHU demain, et que tu prennes une journée de repos. J'arrangerai ça avec P."
Plus tard, enfin au lit, on récapitule.
"Tiens", dis-je en m'endormant, "on n'a pas rappellé ta mère"...