J'ai vu passer un homme au visage rougeaud qui s'est penché quelques instants par dessus l'épaule de la secrétaire, avant de disparaître une liasse de papiers à la main. Ce devait être le biologiste. Figure fermée, regard méfiant teinté d'une sourde colère. Une caricature de paysan normand. La blouse étriquée qui le sanglait ne valait guère mieux en terme de propreté que celle des rabatteurs des restaurants de la place Djema el Fna.

Mon sentiment s'est confirmé quand j'ai suivi la fille dans le box, après avoir lâché mon Paris Match sur la table de la salle d'attente. Elle avait la tête de quelqu'un qui n'a pas pris le temps de rentrer prendre une douche après avoir passé la nuit en discothèque.

On pratiquait ici les règles d'asepsie de manière résolument décomplexée.

Quand j'ai vu s'approcher l'aiguille de mon bras, qu'elle tenait pincée par sa partie métallique entre le pouce et l'index sans avoir pris le peine de mettre des gants, j'ai prié qu'elle se soit lavé les mains au moins une fois depuis le matin. Ma peau était légèrement bronzée, malgré le soin que j'avais mis à ne pas m'exposer au soleil. J'étais rentré du Maroc la veille. Je me sentais détendu après ce break d'une semaine. Pourtant, j'étais fatigué, comme après une longue marche. Les derniers jours, j'avais renoncé à me déplacer à pieds dans Marrakech. Il avait fait très chaud. Le soir, pour rentrer à l'Impérial Borj, je prenais des taxis, 205 ou Fiat Punto de couleur sable, qui ne mettaient pas plus de cinq minutes pour me poser devant le hall.

La veine a éclaté immédiatement après qu'elle m'ait prié d'inspirer. J'ai émis un soupir. Elle l'avait transpercée de part en part du premier coup. Un coup de maître.

Elle a tiré, puis poussé à nouveau deux ou trois fois en grimaçant tout en me demandant si j'avais mal. Je n'avais pas mal, j'étais agacé par son incompétence.

Le sang s'est finalement décidé à couler, lentement, épais comme du sirop de mûre. Elle a rempli quelques tubes tandis que je voyais une boule grossir à vue d'œil sur la veine en regard du point de piqûre.

Elle a masqué les dégâts avec un bout de coton qu'elle avait chichement humidifié de quelques gouttes d'alcool, puis a fait tenir le tout avec un morceau d'adhésif d'un air satisfait.

Je suis sorti sans demander mon reste. J'avais un autre rendez-vous. Ma vitesse de marche était limitée. La pédopsychiatre d'Antoine avait demandé à rencontrer ses parents. Toute la ville à traverser.

Je me suis dit qu'il fallait que je trouve un autre labo dans mon quartier.

 

 

Je suis arrivé avec cinq minutes d'avance.

J'ai allumé une clope sur le trottoir devant la plaque de la psy. Je pensais qu'ils étaient déjà là à attendre à l'intérieur, mais je les ai vu tourner l'angle de la rue. Antoine s'est précipité dans mes bras, puis on est monté attendre notre tour.

Surprenant, la psy respectait ses horaires.

Elle est venue nous chercher après avoir raccompagné à la porte un ado au visage obtus en plus d'être acnéique, qui est sorti en traînant les pieds, lui laissant le soin de refermer elle-même.

Elle était lookée comme une institutrice version coincée. Je me demandais toujours quel part de calcul il y avait dans la manière qu'ont les psys de se vêtir. Ou quelle part d'inconscient. En tous cas, elle s'exprimait comme une authentique sociétaire de la MGEN. Son ton était docte. Chaque mot qu'elle formulait semblait pesé, calculé, peaufiné par l'usage, ce qui donnait à son discours une note stéréotypée vaguement factice. Elle donnait l'impression de débiter un texte appris par cœur, comme un mauvais comédien qui massacre un rôle. Son langage pédagogique, presque sentencieux, semblait plus adapté à des enfants qu'à des adultes. Mais au bout de quelques minutes, j'ai compris que sous des dehors patauds, elle faisait preuve de beaucoup plus de subtilité qu'elle n'en laissait paraître. Elle avait trouvé le ton juste en affectant celui d'une enseignante. Ses propos s'adressaient autant à Antoine qu'à nous.

Je me suis gardé d'intervenir avant qu'elle ne me donne la parole. Ses yeux allaient de l'un à l'autre. Je me contentais de laisser apparaître sur mon visage et dans mon attitude corporelle des signes qu'elle puisse interpréter sans que j'ai besoin d'intervenir au risque de perturber son travail, tout en observant comment elle allait s'y prendre.

Elle a commencé par nous exposer comment se déroulaient les séances avec Antoine. Elle voulait s'assurer que le comportement qu'il avait avec elle pendant leurs entrevues était en cohérence avec son attitude habituelle à la maison. Je n'avais plus un mot à dire là-dessus. Je ne vivais plus avec mon fils. Mon ex répondait aux questions, tandis que le petit faisait mine de ne pas s'intéresser à la conversation.

En réalité, il n'en perdait pas une miette. De temps en temps, la psy s'efforçait de l'impliquer dans le dialogue en reformulant une question à son intention, mais Antoine esquivait en multipliant les attitudes puériles et des pitreries.

C'était exactement ce que la psy voulait mettre en évidence. Elle pouvait maintenant, à la faveur de cette démonstration, expliquer les mécanismes de résistance qu'il mettait en place, et la façon dont il fallait s'y prendre pour l'amener à grandir.

A l'approche de ses six ans, Antoine avait la maturité d'un enfant de quatre.

Il s'opposait à l'apprentissage, préférant s'installer dans la quiétude de la toute puissance dans laquelle les enfants se trouvent jusqu'à l'âge de trois ou quatre ans, plutôt que de se confronter à l'angoisse de l'échec qui accompagne inévitablement toute initiation, et de se voir ainsi contraint, en gagnant en autonomie, de s'éloigner progressivement de sa mère.

Ceci était patent au niveau du langage, mais aussi pour l'exécution de tâches aussi basiques que sont l'habillage ou la toilette, qu'il avait appris à accomplir seul quand il était avec moi depuis plusieurs mois déjà, mais que sa mère peinait à obtenir.

La psy commençait peu à peu à expliquer qu'il fallait le rassurer, mais aussi être ferme avec lui afin de et lui permettre de progresser. Son intelligence n'était pas en cause. Il en utilisait toutes les ressources pour parvenir à ses fins. Elle insistait lourdement sur le fait qu'il n'était pas question de céder à des caprices de cet ordre. J'avais pour la part toujours eu la conviction que l'attitude éducative des parents devait résulter d'un dosage bien pensé d'amour et de fermeté. Et surtout de constance. Ces petits malins ont le chic pour s'immiscer dans la moindre faille. De failles, notre couple n'en avait pas manqué. C'était le triangle classique. Mon ex avait fait son choix. Je ne voyais pas l'intérêt de revenir là-dessus Je me demandais quel rôle je pourrais jouer maintenant pour extraire mon fils de ce piège.

Tout en continuant à écouter la psy, je me suis dit que le mieux était de continuer à me taire. Il eût été contre-productif de ma part de rappeler des faits et des attitudes dont j'avais été le témoin, au risque de déclencher une polémique qui n'aurait fait que faire stagner un peu plus les choses. Il s'agissait maintenant de trouver des solutions, pas de régler des comptes.

Pourtant je ne pouvais m'empêcher de me rappeler avec humeur l'obstination que la mère d'Antoine mettait à ne pas corriger les fautes de langage qu'il commettait, allant jusqu'à utiliser les mêmes expressions infantiles que lui, dans un délétère souci de séduction dont je n'étais pas sans ignorer l'origine. Il suffisait de chercher un peu dans sa propre enfance.

Pendant des mois j'avais tenté de la convaincre. Par quel miracle Antoine eût-il appris à parler un français correct, si chez lui la langue véhiculaire avec sa mère était le Toinelang?

Mais elle semblait inapte à exercer aucun contrôle sur ce point.

Au mieux, elle n'entendait pas un mot de ce que j'essayais de lui dire. Au pire, elle pensait que je l'agressais, m'accusant purement et simplement de mensonge malgré l'évidence.

C'était une forme congénitale de surdité.

La grand-mère d'Antoine était pour sa part incapable d'entendre des consignes alimentaires simples au sujet d'Antoine, dont la tendance à la boulimie nous inquiétait. Il revenait invariablement de chez ses grands parents avec une surcharge de deux kilos par semaine.

De même, sa fille était incapable d'admettre malgré l'évidence qu'elle s'adressait à Antoine en Toinelang au lieu du français.

La psy avait choisi un abord comportementaliste.

Après avoir identifié un certain nombre de situations qui posaient problème, comme par exemple le malin plaisir qu'Antoine prenait le matin à faire traîner l'habillage pour obtenir que se soit sa mère qui achève la tâche, elle préconisait une ou deux stratégies simples à mettre en place dès maintenant.

Antoine faisait mine de ne pas écouter mais manifestait son désappointement en multipliant les bouffonneries destinées à troubler la séance. Il comprenait parfaitement les enjeux de ce qui se tramait sous ses yeux.

La psy n'a pas hésité une seconde à le rabrouer et à obtenir de lui qu'il regagne son siège en faisant usage de fermeté.

Antoine ne veut plus aller chez son père, a dit soudain mon ex, changeant de sujet.

Elle commençait à se sentir mal à l'aise, il lui fallait contre-attaquer.

La psy n'a pas hésité une seconde. Elle n'avait pas l'intention de voir bousiller sa séance aussi facilement.

Ce sont les parents qui commandent, lui a-t-elle rétorqué d'un ton qui n'autorisait pas la réplique. N'est-ce pas Antoine? A-t-elle poursuivi.

Le petit a hoché de la tête.

On était au moins trois dans cette pièce à être d'accord sur ce point.

Pendant ce temps, je me remémorais les circonstances du premier week-end qu'Antoine avait passé chez moi, juste avant que je m'envole pour le Maroc.

Sa mère et moi avions convenu qu'elle me le déposerait le samedi matin à 10H00. Il était 10H30 et je commençais à m'inquiéter quand le téléphone avait sonné. C'était elle.

-Antoine ne veux plus venir chez toi. Il pleure. Il me fait toute une comédie.

-Il est inquiet, c'est normal.

-Ce serait peut-être mieux que tu viennes le chercher toi-même.

-Certainement pas.

-Tu ne fais aucun effort.

-Il ne s'agit pas d'effort, mais d'être cohérent. Depuis combien de temps Antoine sait-il qu'il va venir chez Papa pour le week-end?

-Depuis une semaine.

-Tu lui as expliqué que c'est toi qui allait l'amener jusque chez moi?

-Oui.

-Alors, tu sais ce qu'il te reste à faire.

-Mais il pleure.

-Règle toi-même les problèmes que tu as avec lui. Il est hors de question que je prenne le mauvais rôle et que je vienne l'arracher à toi. Ce serait entrer dans son jeu. Soit tu l'amènes toi-même comme c'était convenu, soit tu ne l'amènes pas. Ce sera ta décision. Mais je ne viendrai pas le chercher.

-Je vais voir ce que je peux faire.

-C'est ça. Vois ce que tu peux faire. Mais vois vite.

J'avais raccroché avec colère, inquiet cependant qu'elle cède à notre fils.

Je ne sais pas ce qui l'avait décidé. Peut-être avait-elle fini par réaliser l'absurdité de son comportement? Peut-être avait-elle un besoin absolu de ces deux jours de repos sans le petit? Peut-être craignait-elle que j'aille de ce pas faire une main courante à la gendarmerie? Une demi-heure plus tard, Antoine était chez moi, apparemment heureux d'être là.

Je n'ai pas jugé opportun de raconter cela. Inutile de s'attarder sur ce détail. Venant de ma part, cela aurait été interprété comme de l'agressivité. Je ne voulais qu'une chose, c'est que mon fils évolue dans le bon sens.

Comme je venais d'être mis en cause, la psy m'a fait signe de prendre la parole.

Je pense savoir pourquoi Antoine dit cela, ai-je dit.

J'ai raconté cette anecdote:

Antoine avait fait le tour de l'appartement ce samedi là et posé quelques questions ( Je vais dormir où? Elle est là Camille?). Puis il avait insisté pour que je lui achète un jouet.

Par principe, je suis contre les cadeaux en dehors des occasions traditionnelles comme Noël et les anniversaires. Je pense que l'amour et le respect ne s'achètent pas avec des cadeaux, mais se méritent. Cependant la situation était suffisamment exceptionnelle pour que j'accorde à Antoine cette petite entorse, en lui expliquant que se serait en effet pour moi une façon de lui souhaiter la bienvenue dans sa nouvelle maison.

Nous sommes allés aux Nouvelles Galeries.

Il avait flashé sur un hélicoptère Lego. J'ai regardé la boite. Ça semblait assez compliqué à monter. Je lui ai expliqué qu'il faudrait qu'il le construise lui-même. Mais c'était CET hélicoptère qu'il voulait absolument. Je l'ai acheté.

Quand nous sommes rentés, j'ai ouvert l'emballage. Antoine m'a demandé de l'aider. J'ai vite réalisé que dans son esprit, l'aider signifiait monter intégralement l'engin. Je lui ai expliqué comment utiliser la notice de montage qui était bien présentée. Mais il n'était pas question que mon assistance aille au-delà. Je le jugeais tout à fait apte à s'acquitter de cette tâche. Après quelques minutes de suppliques, Antoine qui avait compris que je ne céderais pas, avait fini par abandonner en ronchonnant. J'avais ramassé toutes les pièces et refermé la boite, que j'avais laissée posée en évidence dans la cuisine. On était passé à autre chose.

A ma grande surprise, c'est lui-même qui, le lendemain matin, alors qu'on rentrait d'être allé chercher le pain et de s'être amusé à nourrir les pigeons de la place du Vieux-Marché, m'a demandé la boite.

Tu sais Antoine, avais-je dit, je ne vais pas t'aider. Tu vas construire cet hélicoptère tout seul.

Il était d'accord. Ça a pris presque deux heures. Je suis resté auprès de lui en me contentant de lui donner des conseils, mais sans intervenir directement, sauf une ou deux fois où ses petits doigts manquaient de force pour emboîter des pièces récalcitrantes.

Je ne l'avais jamais vu aussi fier. Il a joué avec son hélicoptère toute la journée, jusqu'au moment de rentrer chez sa mère.

 

Voilà pourquoi je pense qu'Antoine ne veut plus venir chez moi, ai-je conclu.

Parce que Papa est un peu plus exigeant que Maman.

La psy a acquiescé, mais n'a pas fait de commentaire supplémentaire. On avait déjà un peu dépassé l'horaire. Elle a quand-même pris le temps de fixer des objectifs et de rappeler les méthodes simples pour obtenir des progrès au quotidien qu'elle avait déjà indiquées.

Nous avons convenu d'un autre rendez-vous deux mois plus tard afin de refaire le point.

On s'est séparé dans la rue.

Je n'étais pas certain que mon ex avait saisi à qui cette séance de psychothérapie avait été destinée.

 

 

Trois jours plus tard, je me suis réveillé avant l'aube. Camille dormait dans la chambre. C'était presque le silence sur les quais. On n'entendait pas encore la cloche du TEOR. Je me suis dit que c'était l'occasion d'aller récupérer mes livres qui attendaient toujours dans la cave de Bois-Guillaume et de revenir chez moi avant qu'il n'y ait plus une seule place de stationnement disponible. Mon ex m'avait laissé l'usage de la clé de la cave, afin que je puisse terminer de la débarrasser quand cela me conviendrait.

Je me suis habillé à la va-vite et je suis monté dans ma voiture.

Je m'étais muni de deux paniers à linge. J'ai dû faire de nombreux allers et retours avant d'avoir rempli complètement mon coffre. J'étais trempé de sueur. Je reprenais mon souffle en me tenant appuyé sur l'aile arrière quand la porte métallique du parking s'est ouverte. C'était Antoine et sa mère qui partaient pour l'école. Je ne m'étais pas imaginé que déplacer mes livres me prendrait autant de temps. Peut-être avait-je un peu présagé de mes forces.

Antoine a foncé vers moi pour m'embrasser. Sa mère était surprise de me voir là de si bonne heure.

Je suis venu récupérer mes livres, ai-je dit.

Elle avait compris, mais je voyais bien qu'autre chose la préoccupait.

Il faudra que tu me dises si tu comptes continuer à emmener Antoine chez l'orthophoniste et au judo...

J'avais assumé ces petits déplacements pendant que j'effectuais mes travaux à l'appartement, mais depuis mon retour de Marrakech, j'avais évoqué d'autres obligations pour m'y soustraire. Mon instinct m'avait soufflé qu'il valait mieux temporiser, sans que j'en ai très vraiment élucidé toutes les raisons. Mais j'avais réfléchi depuis la séance chez la pédopsy. J'y voyais maintenant un peu plus clair.

Je pense qu'il va falloir que tu t'organises sans moi pour le moment, ai-je dit.

J'ai vu son visage se déformer pour devenir haineux.

Est-ce que tu te rends compte de ce que cela me coûte de devoir faire appel sans cesse à une baby-sitter pour prendre en charge tous ces déplacements?

C'était donc ça, ai-je pensé. Je suis resté coi.

Elle sortait tout à coup de ses gongs.

Je me rappelais cette fois où, acculée dans ses retranchements, elle avait purement et simplement menacé de se jeter par la fenêtre avec Antoine qu'elle tenait dans ses bras. Je n'avais pas l'intention de me laisser impressionner. De plus, nous étions au sous-sol. Au pire allait-elle s'évanouir. J'avais l'habitude. Mais elle est restée plantée bien ferme sur ses jambes.

A ce rythme, je ne vais jamais pouvoir m'en sortir financièrement. Que faut-il que je fasse? Que j'interrompe les séances d'orthophonie?

J'ai préféré ne pas répondre. Ils étaient en retard. La lubie des moulins à vent m'était passée depuis quelques temps.

Fais ce qui te semble juste, ai-je rétorqué.

Antoine était déjà installé dans la voiture de sa mère et me faisait de grands signes à travers la vitre arrière.

Je suis monté dans la mienne, et je suis parti.

 

 

Par chance, j'ai trouvé un stationnement pas trop loin de chez moi.

J'avais pris soin de me munir d'un petit diable acheté chez IKEA. J'ai commencé à faire des navettes. Il m'a fallu une dizaine d'aller et retour pour vider le coffre. J'empilais les livres en vrac sur le sol du séjour. Je me suis dit que j'allais sans doute mettre la main sur des pépites oubliées depuis longtemps. C'est le genre d'agréables surprises auxquelles on peut s'attendre quand on déménage une bibliothèque.

J'avais grand besoin de surprise agréable.

J'ai vu par l'interstice que le facteur était passé pendant mon dernier trajet. J'ai ouvert ma boite aux lettres. Il n'y avait qu'un pli. Je l'ai fourré dans ma poche en attendant l'ascenseur.

Camille avait fini par émerger, à cause du bruit.

Elle restait debout à l'entrée du séjour, interdite, contemplant la montagne de bouquins qui bloquait le passage comme une îlot volcanique surgi des mers pendant une éruption.

C'est...quoi?

Des livres. Tu n'as pas mis tes lentilles?

Euh...Non, pas encore.

Le matin, elle plane encore plus que pendant la journée. Sidérant.

En sueur, je me suis laissé tomber dans le canapé. J'ai sorti la lettre de ma poche.

Tu sais faire le café?

Avec ton machin italien, là? Ben, non.

Laisse tomber, ai-je dit. J'ai décacheté l'enveloppe.

 

 

 

 

Par Jean-Marc
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